Les enfants autistes et la psychanalyse, un accompagnement adéquat ?

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Accompagner les enfants autistes et la psychanalyse
Accompagner les enfants autistes et la psychanalyse

 

Accompagner les enfants autistes et la psychanalyse, comment et pourquoi ?

 

Environ 650 000 personnes en France sont touchées pas ce que l’on appelle très improprement « l’autisme ». Il s’agit d’une dénomination générique qui désigne l’ensemble des troubles du spectre autistique (TSA).  Ces troubles se manifestent par des difficultés à établir des relations sociales et à communiquer avec autrui. Ils s’expriment aussi par des troubles du comportement et parfois du langage.

 

Pour la psychanalyse il ne s’agit pas de parler de l’autisme mais bien « des autistes » car il y a autant de spécificités qu’il y a de patients. Les enfants autistes et la psychanalyse ont donc vocation à se rencontrer.

 

Dès lors se profile la différence entre l’approche psychanalytique et l’approche comportementale et cognitiviste. Si les deux approches convergent sur le constat que les troubles autistiques se caractérisent par une relation à l’autre très particulière elles diffèrent aussitôt sur leur accompagnement. La psychanalyse considère que cet isolement de l’autre vise à préserver le sujet d’un réel envahissant.

 

L’autisme est donc une manière d’être qui colore toute la vie du sujet, ses sensations, ses perceptions. L’autisme fait corps avec la personne comme tentative pour lui permettre de s’en constituer un.

 

Ce symptôme a souvent pour conséquence une perte de lien langagier et corporel avec l’autre. Accompagner les enfants autistes tel que je le conçois c’est prendre en compte cette spécificité qui sert de boussole. Il ne s’agit pas d’expliquer quoi de manière théorique, et surtout pas de culpabiliser qui que ce soit, bien au contraire, il convient d’accompagner le patient, là où il en est.

Jacques Lacan indiquait que « les autistes s’entendent eux-mêmes » [1]  ce qui démontre la primauté de sa propre voix pour l’autiste. On comprend mieux l’importance pour certains d’entre eux de ne pas parler à l’autre et on saisit mieux les cris angoissants de certains. Dans les deux cas l’accès au signifiant et au langage tel que nous le concevons ne s’effectue pas. Il faut donc non pas traiter l’autisme comme on traiterait une maladie mais bien accueillir le symptôme du patient, ses manifestations et décrypter le sens que cela revêt pour lui.

 

La plupart des patients jeunes adultes souffrant de troubles autistiques que je reçois au cabinet manifestent souvent une intelligence remarquable qui s’exprime toujours de manière singulière.

 

Accompagner les enfants autistes nécessite de s’appuyer sur ce qui est apporté par le patient pour l’aider à construire ce lien au corps. A aucun moment il ne doit jamais s’agir de rendre qui que ce soit responsable de la situation ou de quoi que ce soit d’ailleurs.  Le langage n’est pas un simple outil de communication, pour Lacan c’est l’habitat du sujet. C’est sous cet angle que la psychanalyse envisage d’accompagner les autistes. D’une façon singulière au cas par cas sans que puisse être prévu par avance le temps que cela prendra. La psychanalyse ne raisonne pas en termes de rapidité ou d’efficacité mais privilégie la qualité d’approche du symptôme pour en saisir la structure et permettre au patient de construire une autre réponse physiquement moins coûteuse que ne l’est le symptôme.

 

Accompagner les enfants autistes et la psychanalyse
Accompagner les enfants autistes et la psychanalyse

 

Les tentatives de normativation des thérapies comportementales et cognitives ?

 

Différente est l’approche prônée par les thérapies comportementales et cognitives. Je n’en partage pas la pratique et  je les respecte. Elles appréhendent la question principalement sous l’angle du comportement.  Certaines considèrent que l’acquisition la plus rapide possible de réflexes comportementaux spécifiques amélioreront puis rétabliront le lien à l’autre. Elles tentent de faire acquérir à l’enfant des compétences déterminées qui correspondent à ce que ce courant de pensée estime être des compétences sociales adéquates.

Il s’agit de faire rattraper à l’enfant ce qui est nommé « un retard », là même où la psychanalyse considère qu’il s’agit d’une spécificité. Les thérapies comportementales et cognitives semblent méconnaître le fait que certains autismes sont d’une intelligence supérieure ou d’une intelligence focalisée. Ces intelligences s’expriment parfois autrement, plus lentement.

Temple Grandin, autiste mondialement connue dit d’elle : « Si je pouvais, d’un claquement de doigts, cesser d’être autiste, je ne le ferais pas. Parce que je ne serais plus moi-même. Mon autisme fait partie intégrante de ce que je suis »[2]  .

La psychanalyse considère que tout être humain doit trouver comment incorporer le langage car l’incorporation de langage c’est ce qui caractérise les êtres humains par rapport aux animaux. Ainsi avoir un corps n’est pas donné d’avance, ce n’est pas le résultat d’un protocole.

 

 

[1] Jacques Lacan, « Conférence de Genève sur « Le symptôme » » [1975], in Le bloc-notes de la psychanalyse, Genève, 1985, n°5. p. 17

[2] Temple Grandin, Penser en images, 1995, O. Jacob, Paris, 1997. p. 17.

 

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