Pratiques religieuses comme expression d’un symptôme : une vision freudienne ?

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Pratiques religieuses comme expression d’un symptôme

Quand Freud rapprochait les pratiques religieuses et le symptôme névrotique

 

Freud a abordé la question de la pratique religieuse dans un premier article de 1907 dont le titré éloquent en dit déjà long sur la position freudienne à l’égard du religieux : « Actions compulsionnelles et exercices religieux ».

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’expérience religieuse, n’est pas pour Freud de l’ordre de l’individuel mais relève plutôt d’un rituel stéréotypé particulièrement dans le respect des processus codifiés par les instances religieuses elles même et dont l’observance la plus stricte est le signe de la piété du sujet. Il en va ainsi de toutes les pratiques religieuses : alimentaires, de paroles, la soumissions à des cérémonies ou autres célébrations. Ceci d’ailleurs est valable quelle que soit la religion.

Freud a établi un parallèles entre ce qu’apporte la pratique à un sujet qui s’adonne à la religion et le cérémonial du névrosé obsessionnel.

 

Pour Freud donc les pratiques religieuses, les rituels, les restrictions, les réglements et le cérémonial caractérisent à la fois le religieux et l’obsessionnel. Observons l’intelligence freudienne d’avoir pointé la dimension restrictive, interdictrice, surmoïque rigide, contraignantes qui caractérisent autant le religieux que la névrose obsessionnelle.

 

Ainsi donc, pratique religieuse et névrose obsessionnelle seraient pour le père de la psychanalyse deux remparts contre l’émergence du désir.

 

Freud a donc présenté la névrose comme « la caricature mi- comique mi- lamentable d’une religion privée »  Il suffit d’observer la manière de se comporter d’un sujet obsessionnel pour valider ses pratiques, parfois même ses troubles obsessionnels compulsifs, comme « une religion caricaturale » qui s’exprime dans la sphère privée du sujet. [1]

 

Dès lors pour Freud, toutes pratiques religieuses, prise dans son aspect cérémoniel, et non pas dans la croyance elle même, présente des caractéristiques analogues aux symptômes névrotiques. Lors de ces rituels on y accomplit un certain nombre de choses qu’on ne comprend pas, dont le sens nous échappe, mais on y fait comme les autres et comme on a toujours fait. L’accomplissement du rituel a alors surtout valeur de réassurance pour le sujet, réassurance qu’il appartient à un groupe, le tout placé sous l’égide d’un discours rationalisateur et au besoin menaçant pour qui sortirait de la norme.

 

pratiques religieuses

Freud souligne le rapport entre la jouissance qu’a introduit la religion et la jouissance que procure la névrose.

C’est ce constat que Freud fait quand il écrit « la conscience de culpabilité et l’angoisse d’attente, celle d’un malheur comme angoisse face aux châtiments divins, ont été connues de nous plutôt dans le domaine religieux que dans celui de la névrose ». 

 

Quand Freud rapprochait religion et l’Oedipe

 

Ce lien entre religion et psychopathologie ne s’est pas limité à la névrose. En 1928  dans un autre article « Une expérience religieuse », « Ein religiöses Erlebnis » il établit alors un lien avec la psychose.

 

Il avance que l’expérience religieuse en tant que telle, s'analyse en termes œdipiens.

 

Dans ce second article Freud relate son entretien avec un journaliste américain à propos de l’immortalité, de la vie après la mort.

Freud dit qu’il n’a « Jamais pensé à ça ». Peu après un de ses confrère, lisant l’article, lui relate qu’il a eu lui-même une expérience troublante. Alors étudiant en médecine, ce confrère  voit arriver pour une dissection une femme âgée dont le visage avait des traits extrêmement doux. Cet étudiant se dit alors que « There is no God », « Il n’y a pas de Dieu » car s’il y en avait un il ne permettrait pas qu’un tel corps soit destiné à être disséqué.

 

En effet ce médecin rapporte qu’alors « s’il y avait un Dieu, il n’aurait pas permis que cette chère vieille femme soit amenée à la dissection. ». Ce jeune étudiant revenant chez lui se dit alors qu’il ne croit plus en dit et n’accomplit plus aucun rituel en relation avec la religion, s’écartant de la communauté des croyants. S’engage alors un discours entre une voix qu’il entend et qui le met en garde et sa propre voix qui contient un discours rationnel selon lequel il croira de nouveau si une preuve de l’existence de Dieu vient à lui être présentée. Dans les jours qui suivirent il a trouvé l’attestation de la véracité de la Bible, de l’enseignement chrétien, par des preuves infaillibles dit-il. Il demande donc à Freud de revoir sa position au regard de l’expérience qu’il rapporte.

 

Cette l’expérience de son confrère n’est pas de nature à modifier la  position freudienne. Freud commet un lapsus à propos de la vieille femme apportée à la dissection.

Il dit qu’il s’agit de « sa mère », « le corps de sa mère conduit à la dissection ». Ce qui marque ici le lecteur est que Freud prend au sérieux son propre lapsus.  La vision du cadavre a eu sur l’étudiant un effet. Celui de lui rappeler la mort de sa mère. Si l’idée est venue à l’étudiant de réfuter sa croyance c’est parce que cette vision a réveillé son complexe d’Œdipe. Ce réveil s’est exprimé sous forme du doute au sujet de l’existence de Dieu le Père. Ce doute sur l’existence de Dieu est un avatar de la haine paternelle transportée dans la sphère du religieux.  La haine du père n’apparait pas de façon nette, abrupte, mais est déplacée sous la forme du « déni de l’existence de Dieu ». C’est pour le sujet la seule façon de rendre sa posture acceptable.

 C’est sous la forme d’une psychose hallucinatoire que tout cela est intervenu.

Freud apporte là un autre aspect de la religion.  Après un moment de rébellion caractéristique du complexe d’œdipe, le sujet se soumet et accepte une obéissance aveugle. Cette soumission complète à Dieu le Père s’exprime dans le respect des rituels dictés par les pratiques religieuses.

Freud ne pointe aucune religion en particulier,  il axe sa démarche sur la question du rituel, présent dans toute religion. Pour chacune d’elles il évoque la « puissance supérieure »  comme expression du père de la horde.

Plus la crainte d’un châtiment suprême est grande,  plus le sujet aura tendance à pratiquer une observance scrupuleuse des rituels. Est-il possible que l’observance.

Pour Freud, la religion existe grâce au renoncement par le sujet à la pulsion.  Il n’y a pas religion sans renoncement.  Dieu a pour fondement le renoncement à la jouissance, à la négation du mouvement vers la jouissance éprouvé par le sujet. Pour Freud, la pratique religieuse, expression de la croyance en Dieu,  est la scène privilégiée de manifestation du surmoi.

 

[1] Sigmund Freud, L’avenir d’une illusion

 

 

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